Rechercher OK
Culture - 30 juin 2010

Gran Torino (Film)

 
par Guy COQ

Gran Torino Certes, le vétéran de la guerre de Corée qu'incarne Clint Eastwood, ce veuf vivant seul dans sa maison, avec pour voisins une famille asiatique qu'il méprise, est bien le « vieux ricain » dont parle la critique. Mais il y a dans ce qui ressemble à un film testament, une profondeur spirituelle peu souvent soulignée. C'est ainsi que le héros garde de son passé militaire une blessure intérieure qu'il ne parvient pas à surmonter, et qui explique le personnage. Le petit prêtre bien jeune qui voudrait le confesser parce qu'il s'y est engagé, en vient vite à pressentir cela. Avec un doux entêtement, il ne lâchera plus le vieil homme. Mais surtout, celui-ci, enlisé dans le quartier plongé dans la violence des bandes rivales fait un cheminement étrangement évangélique. Il progresse vers un radical retournement marqué d'abord par le sauvetage d'un jeune garçon. Il est en même temps affronté à la montée aux extrêmes de la violence. Comment arrêter cet engrenage ? Par une violence supérieure ? Le vieil homme en a peut-être les moyens. Mais s'impose peu à peu la découverte qu'il est travaillé par un désir de paix, par l'appel à la réconciliation avec soi-même, avec les autres. Il avance vers la victoire sur la violence, de manière inattendue, dans une logique du don de soi. L'homme désarmé paie au plus fort le dépassement de la violence. Osera-t-on la formule ? C'est alors que le film se hausse au niveau d'une très belle parabole.